|
HISTOIRE
|
|
| A - Situation et accès | |
| Accès au château Le château de Gruissan se dresse sur un socle rocheux qui forme l'assiette de la forteresse ; les côtés sont matérialisés par une falaise en surplomb dominant la mer des côtés Nord et Ouest. Actuellement, le seul accés praticable se situe au Sud - Est où des escaliers maçonnés ont été aménagés. Le sentier serpente sur le flanc du rocher recoupant peut-être l'ancien chemin (traces d'outils ayant servi à tailler le rocher et de mortier). Bien qu'aménagée à une époque récente, elle reprend peut-être l'ancienne rampe en pente douce plus ancienne dont subsiste un tronçon. En effet, cette voie d'accés taillée à même la roche et son tracé pourraient suggérer un parcours en chicane qui aurait permis de rejoindre le château depuis le village. En 1580, Benigne Poissenot, évoquant la tour de Broa écrit : " l'autre (tour) sur la porte ". on peut affirmer que cet accés existait au XVI ème siècle, mais datait-il du Moyen Âge ? L'essentiel de la défense de cet accès devait être assuré depuis la plate-forme sommitale de la tour, aujourd'hui en partie ruinée. |
|
| Les enceintes basses et le village La forme du village est en grande partie déterminée par les murailles estérieures et, à l'intérieur, elle est matérialisée par la bande |
|
![]() Plan cadastral de 1771 |
des maisons accolée à l'enceinte
: celui-ci est donc contourné par une double enceinte qui abrite
le bâti. En effet, un mur d'enceinte entourait le village, bâti sur le tracé assez irrégulier de la presqu'île et suivait le sol aux endroits où il était le plus consistant (de nombreuses zones trop marécageuses ne permettaient pas une assise suffissante pour les constructions). A la fin du XVIIIèmesiècle, il était encore en élévation même s'il n'avait |
| plus, depuis peu, de valeur défensive
(plan de J. Revel daté de 1771). Dans le plan du noyau circulaire,
il est facile de lire le parcours de l'enceinte même si les vestiges
n'ont pas subsisté. La comparaison du cadastre napoléonien
avec le plan actuel montre que l'évolution des deux derniers siècles
n'a pas déformé ce noyau central. Près de la porte d'En Bonnet, orientée à l'Est, on remarque la forme allongée caractéristique du développement du village le long de la rue principale (Grande Rue, cadastre napoléonien, section B, 1er feuillet). Le document daté de 1771 montre que quelques maisons avaient été construites hors de l'enceinte. Une prospection systématique à l'intérieur des maisons serait nécessaire à un éventuel repérage des structures encore visibles dans le parcellaire. Le problème des accès est crucial car il constitue le point le plus sensible de la défense. Le premier anneau de l'enceinte, percé de deux portes, permettait donc l'accès au village castral primitif. Les portes de la ville ont aujourd'hui disparu. L'accès se faisait vraisemblablement par celle située auprès de la tour en suivant le chemin qui partait de la porte des remparts extérieurs et qui traversait une partie du village et longeait l'église. Un second sentier, depuis la porte dite de Pujos, permettait de rejoindre cette entrée qui correspond à la rue actuelle du château. L'acte de 1247 confirme l'existence de ces deux portes sans en mentionner le nom. Celles-ci devaient être protégées par des ouvrages avancés de type barbacane (une mention assez laconique dans un texte du XIIIème siècle fait référence à ce type de construction mais elle se rapporte vraisemblablement à un accès au pied du château). Dans l'actuelle rue du rempart (au n°6), à l'Est du village près de la porte d'En Bonnet, une maison garde la trace de constructions fortifiées : une muraille perpendiculaire s'appuyant contre les anciens remparts protégeait une entrée secondaire du village. Un pan de mur, aujourd'hui crépi, conserve les vestiges d'une meurtrière présentant un évasement. Cette sorte de redan, situé à l'intérieur des remparts, est bien visible sur le plan de 1771 au niveau des parcelles 273 bis, 274 et 275 qui n'étaient alors pas construites. L'évolution spatiale du village et le phénomène de concentration de l'habitat ne sont pas dissociables de l'aspect socio-politique, signe d'une insécurité chronique. Cette situation entraîne l'abandon de l'habitat dispersé au profit d'un habitat plus concentré. Néanmoins, la bibliographie relative aux " circulades " languedociennes est contradictoire : la question de savoir si le village aurait été planifié et loti de façon circulaire ou se serait développé de façon spontanée autour d'un point fortifié n'a toujours pas été tranchée. L'analyse de plans anciens et des examens approfondis sur le terrain montrent cependant que le parcellaire est resté inchangé depuis l'établissement du cadastre napoléonien. A mon avis, les extensions progréssives, organisées en anneaux successifs réguliers, ont été imposées par la configuration du terrain au fur et à mesure du développement de la population. L'enceinte serait donc tardive. |
|
![]() plan cadastral de 1830 |
La position du parcellaire et l'agencement du bâti témoignent d'une étroite relation avec les centres de pouvoirs temporels et spirituels, le château et l'église : les relations sociales et le degré d'interdépendance entre les habitants et le pouvoir sont restés très forts contrairement à la plupart des autres circulades qui sont développées autour de noyaux exclusivement |
|
religieux. A Gruissan, l'église paroissiale se
trouve à proximité du château, qui reste le signe
le plus évident de regroupement de la population ; le château
abrite cependant dans son enceinte la chapelle castrale destinée
au seigneur et à sa cour. a. Les abords du promontoire rocheux au droit de la seconde
enceinte b. Préambule à l'exposé de l'étude
archéologique de la plate-forme sommitale |
|
![]() |
|
![]() |
|
|
c. Les enceintes hautes d. Le front Sud-Ouest |
|
| Le mur au tracé brisé, présentant
un décrochement bien visible, témoigne de deux phases de construction
différentes ; la portion de courtine au Sud appartient à une
autre phase plus ancienne (largeur du mur plus réduite, appareil
de taille différente). Une construction (bâtiment polygonal ou éperon à l'angle Ouest de la courtine) couronne les hauteurs de la falaise. Le pied de cet escarpement est battu par une meurtrière percée dans la courtine dont il ne reste que la partie inférieure. L'angle Ouest de la courtine fait l'objet d'une controverse. Il a en effet été interprété comme une tour alors qu'aucun retour n'a pu être mis en évidence du côté Nord. |
Courtine Sud-Ouest |
|
Éperon Ouest à l'angle des courtines Sud-Ouest et Nord-Ouest |
Cette partie est bâtie en pierres de taille calcaires d'extraction et de couleurs diverses et diffère, par la qualité de sa mise en uvre, des autres maçonneries visibles ; elle pourrait dater d'une phase de refortification de la seconde moitié du XIIIe siècle. L'épaisseur des murs atteint 1,22 m. Un assise débordante en grand appareil apparaît dans la partie basse ; le liant comprend de nombreux petits galets. Cinq assises en moyens appareils de calcaire dur sont toujours en élévation. Dans la partie supérieure, seul le blocage intérieur du mur, lié au mortier, est conservé. Une archère se découpe dans l'épaisseur du mur qui semble appartenir à une modification de cette construction. Deux blocs de calcaire forment l'embrasure dans l'épaisseur du mur. |
Cette ouverture n'est pas conservée en élévation et le niveau de sol d'origine est difficile à déterminer. Elle devait vraisemblablement présenter un fruit ou un aménagement de type étrier dans leur partie basse pour faciliter le tir plongeant, mais le parement extérieur n'est pas conservé et on ne peut pas l'affirmer avec certitude. À l'aplomb de cette ouverture on remarque l'existence d'un défoncé muré interprété récemment par le GRASG comme une poterne. Le parement extérieur est mieux conservé (16 assises sur le côté Sud-Ouest et 21 du côté Nord-Ouest). |
Vestige d'ouverture de tir dans l'éperon Ouest |
| Sur cette façade, le flanquement est
peu étendu et la saillie est peu favorable à la défense
: une trop grande longueur rectiligne de courtine sans tour intermédiaire
constitue en effet un point faible. Mais le tracé irrégulier
pallie cet inconvénient et permet aux défenseurs de pouvoir
battre efficacement les abords extérieurs sans qu'il y ait besoin
de flanquement. Du côté Sud, la courtine est construite en moyen appareil, le blocage est plus petit que dans la partie Ouest. L'épaisseur du mur représente 67 cm environ. Les moellons de calcaire, extraits du site, sont moins bien appareillés que dans la partie Ouest. Les lits de mortier sont aussi moins importants. Les modules varient entre 30 x 15 cm et 30 x 20 cm. Le parement extérieur épouse le rocher grossièrement taillé à cet endroit. Il est conservé sur une douzaine d'assises. Sur le rocher, un pan de mur orienté Nord-Sud est conservé sur 1,46 m ; il mesure 42 cm de large. Un mur perpendiculaire, conservé sur 49 cm, vient s'appuyer sur ce mur. Ces deux murs devaient s'appuyer contre les murs de courtine orientés Sud-Ouest et Sud-Est. Cela ne reste qu'une supposition et il est cependant difficile, en l'état actuel des vestiges, d'en déterminer la fonction. e. La courtine Nord-Ouest Le chaînage d'angle côté Ouest est construit en grand appareil de calcaire bien équarris et soigneusement appareillé. Le parement extérieur y est bien conservé. Vers le nord, sur les 4/5e de la courtine, le parement a disparu. De ce côté, le terrain est très accidenté. Le rocher a été grossièrement taillé pour la construction du mur. L'escarpement de ce côté du site est tel que le souci de défense n'a pas fait l'objet de la même attention qu'à d'autres endroits plus exposés du site. Le retour du mur orienté vers le Nord-Est, et donc la courtine Nord-Ouest, semblent appartenir à la même phase de construction que la courtine Nord-Est. |
|
|
Extrémité Nord de la courtine Nord-Est |
L'ensemble maçonné au Sud-Est À l'extrémité Sud de l'enceinte Sud-Ouest, le rocher est taillé de façon à matérialiser un angle. Le retour est perpendiculaire à l'enceinte décrite précédemment et présente les mêmes techniques de construction. Sur la façade Sud-Est du rocher, de nombreuses traces éparses de mortier de chaux sont encore visibles et pourraient témoigner de la poursuite du mur jusqu'à l'extrême bord du rocher. Les traces de mortier sont perceptibles jusqu'à l'amorce du dernier tournant de l'escalier qui permet actuellement l'accès au site. Une pierre de taille a été insérée dans l'une des failles du rocher, destinée à soutenir sans doute un blocage. |
|
Le mur de la courtine Sud-Est n'est pas conservé
en élévation. A l'Est, la tour est venue s'appuyer contre
la courtine, révélant ainsi une époque de construction
ultérieure à l'enceinte. La tour pourrait occuper l'emplacement
de la barbacane citée dans un texte du XIIIe siècle. f. La tour actuel dite" tour de Broa " et les pièces attenantes |
|
|
La tour vue du Sud-Ouest |
La tour La tour arrondie, en forme de fer à cheval, présente deux étages d'habitations voûtés en cul-de-four et une plate-forme sommitale réservée à la défense. Cette construction est relativement bien conservée, sauf dans sa partie Ouest. Le plan circulaire, caractéristique des constructions du XIIIe siècle dans la région, même s'il est moins bien adapté au caractère résidentiel (moins de surface habitable et aménagement intérieur plus problématique), offre une meilleure saillie à la défense que le plan carré en limitant les angles morts. Les étages planchéiés ont été remplacés par des niveaux voûtés, caractéristique qui le rend moins vulnérable au feu et donc propre à la défense. |
Trois ouvertures sont encore perceptibles à chacun des étages : l'une se situe au niveau du rez-de-chaussée ; deux autres sont visibles au premier étage (l'une est bien conservée, de l'autre il ne reste qu'un départ d'arc surbaissé mais elle devait présenter la même configuration que la précédente). Une tour d'escalier permettait de desservir le premier, sous la voûte en cul-de-four, ainsi que la plate-forme au sommet de la tour. |
Vue de l'intérieur de la tour depuis l'Ouest |
|
Tour vue du Sud |
Le parement extérieur de la tour est constitué d'un calcaire blond coquillier, relativement tendre : la partie supérieure est construite en grand appareil à bossages rustiques soigneusement parementé, présentant différents modules (certains blocs sont presque carrés, de 28 x 30 cm environ ; d'autres sont quadrangulaires : 54 x 40 cm). L'épaisseur de ces blocs est de 25 cm en moyenne. Quelques-uns sont placés en boutisse pour renforcer la construction. Le relief du bossage varie de 5 à 8 cm d'épaisseur. |
| Au niveau des joints, 5 cm de réserve sont ménagés sur le pourtour du bossage de chaque bloc. Les moellons généralement bien équarris sont par endroit appareillés irrégulièrement mais cette imperfection est souvent compensée par l'épaississement des joints. Ceux-ci sont cependant généralement peu épais (2 cm environ). Le glacis, dans la partie basse, est constitué de blocs lisses, bien équarris et soigneusement appareillés. Cet aménagement, à la base de la tour-maîtresse, présente entre 4 et parfois 6 assises de blocs qui prennent directement appui sur le rocher grossièrement taillé et au relief accidenté par endroits. Le fruit est relativement important. Dans ce type d'édifice à caractère défensif, la maçonnerie en glacis évite généralement la sape. Dans ce cas, l'accès est rendu difficile par la forte pente ; il a été conçu vraisemblablement pour faire ricocher les projectiles lancés de la partie sommitale en tir fichant. | |
![]() Glacis de la tour vu du Nord |
L'appareil est homogène et l'on ne note pas de reprises ou différentes périodes de construction. Deux corbeaux taillés en quart de rond sont conservés sur le front Nord-Est de la tour et servent d'appui à une construction en encorbellement, plus vraisemblablement une bretèche qu'un départ de mâchicoulis courant sur le mur attenant (comme l'ont restitué certains des chercheurs ou encore une porte présumée qui, dès lors se révèlerait être trop proche de la tour). L'accès à l'intérieur de cette construction en surplomb reste cependant problématique. |
La tour est chaînée avec le mur perpendiculaire, orienté Sud-Est/Nord-Ouest. Certains blocs du chaînage d'angle, en grand appareil de calcaire, sont taillés en stéréotomie. La partie restaurée se détache très nettement du reste de la construction dans la partie haute. Cependant, le parement d'origine est conservé sur quelques assises (4 assises de blocs grossièrement appareillés). |
![]() Jonction de la courtine Nord-Est et de la tour |
![]() Coupole formant couvrement de la salle haute de la tour |
La tour au corps cylindrique se prolonge en pan coupé ; ses deux niveaux intérieurs sont voûtés en cul-de-four, l'étage supérieur est le mieux conservé. Du voûtement du rez-de-chaussée (salle A), il ne reste plus que le blocage intérieur et le départ de la voûte matérialisé par des blocs bien appareillés en saillie. Le niveau de sol actuel semble proche de celui d'origine (les restaurations datant d'une trentaine d'années ont été l'occasion du déblaiement de la salle, voir cartes postales du début du XXe siècle). Le problème de l'accès au rez-de-chaussée reste problématique. |
|
La tour mesure environ 4,50 m de diamètre intérieur (l'épaisseur des murs étant de 1,50 m). Le parement intérieur de la tour, de 25 cm d'épaisseur environ, est constitué, comme à l'extérieur, d'assises de blocs bien équarris en grand appareil de différents modules. Les arrachements de deux voûtes en coupole appareillées en calcaire tendre sont visibles : aux angles, les parties ayant fait l'objet d'une restauration sont bien lisibles. Au sol, du côté Nord-Ouest, on note la présence d'une structure maçonnée ayant peut-être appartenu à un ensemble architectural plus ancien, vraisemblablement arasé ensuite (donjon de plan carré antérieur à la construction de la tour-maîtresse philippienne). Deux encoches ménagées sur le parement intérieur de la tour ont pu être mises en évidence sans que l'on puisse leur attribuer une fonction certaine. L'observation des baies et des ouvertures de tir est susceptible de renforcer la connaissance de la chronologie de la construction de l'ensemble fortifié, daté du milieu du XIIIe siècle. Les trois ouvertures ménagées dans l'épaisseur du mur sont visibles ainsi que la partie inférieure de deux ouvertures de tir dans la partie haute : ces dernières ne sont pas placées dans l'alignement des ouvertures ménagées dans l'épaisseur du mur mais de part et d'autre, en quinconce. Ces archères sont aménagées au niveau du sol de l'étage de couronnement. Il est pourtant impossible de vérifier si celles-ci présentent un fruit ou des aménagements de type étrier dans leur partie basse pour faciliter le tir plongeant, aménagements très courants dans les constructions contemporaines dans la région du Languedoc. Le couronnement n'est pas conservé mais on peu raisonnablement penser que des merlons alternaient dans la construction avec les ouvertures de tir. Les logements de hourds ménagés au ras du chemin de ronde ne sont pas perceptibles comme dans d'autres tours contemporaines. En revanche, il n'existe pas d'organe de tir aux étages du donjon : les ouvertures conservées aux étages ne sont pas destinées à la défense mais sont relatives au caractère résidentiel de la tour (éclairage et surveillance des abords). |
|
![]() Fenêtre à coussièges de la salle haute |
|
| La baie aménagée au rez-de-chaussée est moins bien conservée. La partie supérieure est constituée d'un linteau, mais l'intrados de la voûte n'est pas conservé ; il n'en reste que le blocage. L'ouverture s'ébrase légèrement vers l'intérieur, la baie ouverte sur l'extérieur est d'autant plus réduite qu'elle présente une plongée vers l'intérieur dans sa partie basse. Il est exclu que cette ouverture ait eu d'autres fonctions que l'éclairage (observation ou défense), qui devait d'ailleurs être considérablement réduit en l'absence d'autres ouvertures au même étage. L'étage résidentiel se trouvait vraisemblablement au premier. |
![]() Fenêtre de la salle basse |
![]() Les salles |
g. Les salles attenantes à la tour Plusieurs constructions ont été réalisées dans le courant du XIIIe siècle - Le mur parallèle à la courtine, séparant le corps de logis de la " haute cour " est vraisemblablement contemporain de la salle voûtée attenante à la tour. - La salle attenante située au Nord (salle ultérieurement divisée par un mur de refend côté nord) comporte des éléments de voûte en calcaire de Peyriac. La face Nord du mur de la première salle ne comporte pas de traces de l'encastrement de la voûte de la deuxième salle |
| qui a donc été montée
contre ce mur. La réalisation de la meurtrière est contemporaine
de la réalisation de la voûte. - La mise en place du mur de refend dans la deuxième salle. - Le chaînage des maçonneries de la courtine et de la tour à l'occasion de la construction de cette dernière. Le regard vertical de la première salle est bouché |
|
![]() Vestige d'un piedroit d'une ouverture de tir |
Le revers de la courtine attenante à la tour, orientée Nord-Est, est construit en moellons calcaires de moyen et petit appareil. Elle laisse apercevoir, au ras du sol actuel, une archère ménagée à la base du mur. Les ébrasements de cette ouverture et les parements en calcaire blancs sont bien visibles à l'intérieur (les moellons, pour les plus importants, mesurent jusqu'à 47 x 24 cm) ; cette fente de tir a été ensuite murée volontairement. Il est difficilement envisageable que le système défensif de cette courtine n'ait pas été pensé de façon globale. Or, aucune autre archère ne semble avoir été percée dans ce pan de courtine qui donne sur la basse-cour, en tout cas pas au niveau du sol. Que cherchait-elle à défendre ? |
|
Peut-on envisager une défense problématique
en cas d'investissement de la basse-cour par d'éventuels assaillants
? Dans cette dernière période d'occupation, les murs sont rendus aveugles : on ne note pas la présence de fenêtres, pas de fentes d'éclairage et pas d'accès ménagé dans l'épaisseur des murs. Toutes les salles sont voûtées en berceau, la première avec des blocs de calcaire de petit ou moyen appareil lié au mortier de chaux rosé. |
|
![]() Ouverture en forme de regard vertical (salle voûtée du corps de logis attenante à la tour) |
Dans la première pièce, la voûte s'est en partie effondrée mais une ouverture, sous la forme d'un regard vertical, est encore visible dans l'angle est de la salle de plan approximativement carré. Cette ouverture mesure 104 cm de hauteur dans l'épaisseur de la voûte et 199 cm depuis le départ de voûte jusqu'en haut. La paroi du fond est verticale, elle correspond au parement du mur qui reçoit la voûte. L'ouverture présente une largeur de 75 cm et est soigneusement appareillée. Elle supporte un linteau de 108 cm. Ce regard a été muré, dans sa partie supérieure, à l'aide de deux dalles de calcaire et d'un blocage de pierres. Le mur du côté de la tour est visible sur 9 assises. Dans l'angle Sud de la pièce, le rocher occupe une partie de l'espace. Lui faisant face, le mur de refend séparant les salles 1 et 2 est plus soigneusement appareillé en blocs de grand ou moyen appareil lié au mortier de chaux, mélangé à du gravier. |
|
La seconde pièce (salle 2), qui présente l'ouverture de tir murée, est particulièrement étroite. Le parement de mur orienté au Sud présente un départ de voûte s'appuyant sur le rocher : trois assises en petit ou moyen appareil de calcaire provenant du site sont conservées (14 x 10 cm et 36 x 15 cm en moyenne) et sont surmontées de six assises en calcaire blanc plus tendre (les modules de pierres sont différents, très longs et peu larges : 24 x 10 cm et 46 x 20 cm). Le blocage est composé de pierres tout venant grossièrement débitées liées au mortier de chaux légèrement rosé. La troisième pièce (il s'agirait en fait de la partie de la deuxième salle située au nord du refend séparatif), de plan rectangulaire, est délimitée d'un côté par le mur de refend la séparant de la salle 2 et fermée au Nord-Ouest par un mur qui s'appuie sur le mur orienté Sud-Ouest/Nord-Est. La technique de construction est similaire à celle des deux autres salles. L'absence d'ouvertures, pour l'accès et l'éclairage, ne permet pas d'interpréter ces salles basses, qui s'appuient contre la courtine, comme des lieux de vie mais plutôt comme des bâtiments de service ou comme des entrepôts. Par leur température et leur degré d'hygrométrie constants elles pouvaient servir au stockage alimentaire ; elles constituent en outre un point pratique de distribution et de répartition des produits stockés vers le donjon. L'épaisseur des murs permet d'envisager un étage et une plate-forme sommitale destinée à la défense, peut-être crénelée. L'accès au chemin de ronde et à l'étage de ce corps de bâtiments pouvait s'effectuer au moyen de l'escalier de la tour. Dans la seconde phase d'occupation, l'essentiel de la défense est reporté au niveau supérieur ce qui ne nécessitait plus une ouverture aussi basse, particulièrement vulnérable. À l'étage pourrait se situer la chapelle castrale mentionnée dans un texte du milieu du XIIIe siècle et serait approximativement orientée. |
|
|
h. La citerne Elle est surmontée d'une voûte en pierre aujourd'hui en partie effondrée. Cet aménagement permettait la collecte de l'eau de pluie au moyen des toitures (incluant les toitures des constructions adjacentes). Elle présente un plan rectangulaire. |
![]() Voûte de la citerne |
| La partie supérieure, construite en petit et moyen appareil lié au mortier de chaux rosé, est conservée sur quelques assises visibles à l'intérieur lorsque la chape en mortier de tuileau s'est dégradée à certains endroits. Les départs de voûte sont conservés et l'inclinaison permet d'affirmer que l'élévation est presque complète. Elle est isolée et ne semble pas liée avec le corps de logis en contrebas. | |
![]() Pierre récoltant l'eau provenant des toitures et l'orientant vers la citerne |
Dans l'angle Est, se trouve une pierre taillée rectangulaire en calcaire dans laquelle est creusé un réceptacle de forme ronde correspondant à l'empreinte de la descente en terre cuite (disparue) acheminant les eaux pluviales de la toiture vers la citerne. Ce système accrédite la présence de terrasses recouvrant partiellement ou entièrement les bâtiments. |
i. Le bâtiment central (localisé sur la plate-forme central, au Sud-Est de la citerne) |
|
| Sur la plate forme supérieure, on distingue nettement deux espaces différenciés : une partie accidentée au Sud-Ouest, et une terrasse au Nord-Est. Sur celle-ci, des vestiges de différents vestiges de carreaux de terre cuites et de ragréages sont visibles et témoignent de l'utilisation de cet espace comme intérieur d'une pièce. Les murs ne sont pas conservés en élévation, à l'exception d'un massif ruiné en limite avec la citerne. |
![]() Plate-forme centrale depuis le Sud-Est ; on distingue nettement la partie nivelée correspondant à l'emprise du bâtiment central |
|
Aucun accès n'est visible : pas de trace de pas et d'encadrements de portes. Cette zone a été soigneusement aplanie avant la construction de l'édifice. Les dimensions (6 x 7 m environ) et l'épaisseur relative du mur conservé pourraient laisser supposer que l'on se trouve en présence des vestiges d'un bâtiment important. |
|
![]() Rocher grossièrement taillé (Sud-Ouest de la citerne) |
Au Sud-Est de la citerne, deux murs sont visibles. Le plus large, présente un parement conservé sur quelques assises du côté de la plate-forme centrale, le reste est constitué d'un amas de blocage (1,20 m de large pour la partie conservée). Côté citerne, un autre mur est juxtaposé au premier. Pour le plus large, il pourrait s'agir de la limite extérieure du bâtiment de dimensions importantes construit sur la plate-forme, l'autre mur étant le mur de parement Sud-Ouest du bâtiment de la citerne. |
|
j. La basse-cour (au Nord-Est du corps de logis) |
|
![]() Vue aérienne montrant la basse-cour. On distingue la différence de couvert végétal pouvant correspondre à l'emprise d'un bâtiment rectangulaire. Vue du château depuis le Nord-Est |
|
|
Sur les vues des cartes postales anciennes, le couvert
végétal est moindre qu'aujourd'hui et l'on distingue bien
cet espace aménagé qui a été aplani pour la
construction de bâtiments divers. Sur une vue aérienne, on
distingue ce qui pourraient être les vestiges d'un bâtiment
carré, visibles sous le cône d'éboulis. Sous ce cône
de déjection, le sol archéologique est vraisemblablement
conservé. Seule une fouille archéologique permettrait de
donner une attribution définitive aux bâtiments aménagés
dans cet espace. B - Techniques de construction et phases mises en évidence
a. Techniques de mise en oeuvre b. Chronologie relative Il semble qu'une première campagne de construction
soit relative à une période que l'on pourrait situer au
XIIe siècle. Plusieurs ensembles présentant des similitudes
: la partie Nord-Ouest du site comprenant le mur de courtine orienté
vers le Nord-Ouest et le pan du mur formant le retour de la courtine vers
le Sud-Est qui présentent des techniques de construction similaires
: petit et moyen appareils de calcaire provenant du site, utilisation
d'un mortier de chaux avec des petits galets. La basse-cour pourrait dater de la même époque.
L'ensemble des courtines, situé dans la partie Sud de la plate-forme
sommitale, se rattacherait à cette même phase de construction
(en moyen appareil lié au mortier de chaux mélangé
à de petits galets). Le mur, visible sur le sol de la tour et la
séparant des salles attenantes est probablement contemporain. Il
s'agit vraisemblablement du prolongement de la courtine Sud-Est. En l'absence
de fouilles, il n'est pas possible de dire si un état antérieur
du corps de logis était construit à la même époque. La troisième campagne de construction a eu pour
conséquence de murer l'ouverture de tir dans la seconde salle basse
attenante à la tour par la construction du refend transversal.
Les techniques de construction sont peu différentes de la campagne
précédente. Cette phase pourrait dater de la seconde moitié
du XIIIe siècle, et avoir été occasionnée
par la nécessité d'un partage physique entre les propriétés
des deux co-seigneurs. C'est peut-être au cours dune période
assez proche, qu'a été édifié le bâtiment
rectangulaire construit sur la plate-forme centrale. II a apparemment
été construit contre le bâtiment de la citerne, et
contre celui du corps de logis (décaissement du sol pour fonder
les murs au-delà de l'emplacement du mur Ouest du corps de logis,
plus grande épaisseur des murs, utilisation du calcaire de Sainte-Lucie
avec un gros appareil calé avec des casseaux...). La quatrième campagne est relative à l'édification
de l'éperon que forme la courtine dans l'angle Ouest du site (plus
grande épaisseur des murs, appareil soigné ...). Elle semble
correspondre à une campagne globale de refortification du site
dans la seconde moitié du XIIIe siècle. La construction de la tour de Broa est un évènement
à part. Elle possède toutes les caractéristiques
d'un bâtiment ostentatoire, à la mode royale (tour ronde
sans ouvertures de tir, parements à bossages, appareil et montage
à joints fins). Elle ne peut avoir été construite
qu'après 1370 (date à laquelle apparaît ce type de
tour dans la région), et probablement à la charnière
des XIIIe et XIVe siècles dans une période proche de la
construction de la tour de Gille Aycelin à Narbonne. La fortification et l'aménagement des courtines
au Sud du site permettant un accès protégé est postérieur
(XIVe siècle ?) car l'un des pans vient s'appuyer contre la tour
sans être chaîné à celle-ci. Aucune adjonction
d'aménagements de dispositifs architecturaux liés à
l'emploi des armes à feu n'a été mise en évidence,
bien que l'on sache par de multiples textes que le château était
utilisé pendant les guerres de la Ligue. D'ailleurs, dans l'ensemble, les éléments
défensifs sont relativement peu nombreux. Des ouvertures de tir
sont encore visibles dans la partie sommitale de la tour, sans que l'on
sache si elle était couronnée par des merlons : l'essentiel
de la défense était cependant concentré dans la partie
sommitale et devait être essentiellement passive, jouant sur la
topographie du terrain et l'épaisseur de la construction. Le village et le château de Gruissan (circulade
languedocienne associée à un château présentant
des caractères ostentatoires et des éléments de confort
relatifs à un aspect résidentiel affirmé) forment
un ensemble de référence pour l'architecture civile et militaire
médiévale. À ce titre, une mise en valeur et une
étude adaptées à l'importance de ce patrimoine doivent
être poursuivies.
DOSSAT Y., LEMASSON A.-M., WOLFF Ph., Le Languedoc et le Rouergue dans le Trésor des Chartes, Paris : CTHS, 1983. CARBONEL P., Histoire de Narbonne : des origines à l'époque contemporaine 1. Des origines à la veille de la Révolution, Marseille : Laffitte reprints, 1988 (Histoire de Narbonne ; 1) CARBONEL P., Histoire de Narbonne, Narbonne : P. Caillard, 1956. Dom Cl. DEVIC et dom J. VAISSETE, Histoire générale de Languedoc..., Toulouse : E. Privat, 1872-1892 (15 vol). (réed. 2003). DURAND A., Les paysages médiévaux du Languedoc, Xe-XIIe siècles, Toulouse : PUM, 1998. FABRE et al., Morphogenèse du village médiéval IXe-XIIe siècles. Actes de la table-ronde, Montpellier 1993. Cahiers du patrimoine, Montpellier, 1996. GACHON P., Histoire du Languedoc, Paris : Boivin, 1922. GRAULLE (J.) (dir.), Étude historique du château
de Gruissan, GRASG, août 1991. LE ROY LADURIE E., Histoire du Languedoc, Paris : Presses universitaires de France, 2000 (Que sais-je ? ; 958). MAGNOU-NORTIER E., La société laïque et l'église dans la province ecclésiastique de Narbonne (zone cispyrénéenne) de la fin du VIIIe à la fin du XIe siècle, Toulouse : PUM, 1974. MICHAUD J., CABANIS A. (dir.), Histoire de Narbonne, Toulouse : Privat, 1981. MOUYNÈS G., Inventaire des archives communales antérieures à 1790 : ville de Narbonne : annexes de la série AA, Narbonne : E. Caillard, 1871. MOUYNÈS G., Inventaire des archives communales antérieures a 1790 : ville de Narbonne : série AA, Narbonne : E. Caillard, 1877. MOREL P., Petite histoire du Languedoc, Grenoble : B. Arthaud, 1944 (Petites histoires des provinces françaises). NELLI R., Histoire du Languedoc, Paris : Hachette, 1974 (Hachette littérature). PAUC J., Histoire nationale ou dictionnaire de toutes les communes du département de l'Aude, Quillan : Tinena, 1985. PAWLOWSKI (K.), Circulades languedociennes de l'an mille. Naissance de l'urbanisme européen, Montpellier : Presses Universitaires du Languedoc, 1992. PORT C., Essai sur l'histoire du commerce maritime de Narbonne, Paris, 1854. SABARTÈS abbé H., Dictionnaire topographique de l'Aude, Paris : Imprimerie Nationale, 1912. TAUSSAC M.-R., Le château de Gruissan, sa seigneurie, sa population, Saint-Estève : Presses Littéraires, 2000. TISSIER J., Les sources de l'histoire du Languedoc d'après les inventaires des archives narbonnaises, Narbonne : F. Caillard, 1911. (Extrait du Bulletin de la Commission archéologique de Narbonne, t. XI) YCHÉ (J.), " Etude historique sur Gruissan ", Bulletin de la Commission Archéologique de Narbonne, 1916, p. 36-93. WOLFF Ph. (sous la dir. de), Histoire du
Languedoc, Toulouse : Privat, 2000 (Univers de la France et des pays francophones.
Histoire des provinces). |
|