HISTOIRE du CHATEAU
Hypothèse de reconstitution
du chateau au XIIIème siècle
par Max JOSSERAND



Étude archéologique
a. Les abords du promontoire rocheux au
droit de la seconde enceinte
Dans un second temps, après l'attention portée aux plans anciens,
une partie de l'intervention a consisté dans la prospection des abords,
au pied du rocher, en vue de déterminer la localisation d'une éventuelle
enceinte. Une dizaine de pans de murs ont pu être ainsi repérés,
topographiés et photographiés. La confrontation entre les différents
documents graphiques (plans cadastraux, compoix et relevé du géomètre)
ont permis une meilleure localisation de cette enceinte, de l'espace des lices
et de répondre à certaines questions. Ce périmètre
fortifié, au pied du rocher, devait donc essentiellement se composer
d'une courtine à base talutée en grand appareil de calcaire
soigneusement taillé issu vraisemblablement du site même.
b. Préambule à l'exposé
de l'étude archéologique de la plate-forme sommitale
Sur la plate-forme sommitale, il s'est agi de déterminer une chronologie
relative des différents vestiges par l'observation des courtines qui
épousent le rocher de plan grossièrement polygonal et des pièces
encore en élévation : épaisseurs, techniques de construction,
détermination et descriptif des matériaux (liants, agrégats,
pierres
). Les parements en pierre de taille ne sont pas partout conservés,
parfois ne subsistent que quelques assises, le blocage interne dont l'ensemble
est lié au mortier est parfois le seul visible.
Les gabarits respectifs des moellons de chaque assise ont été
déterminés et les volumes du mur original ont été
restitués : à certains endroits, les murs sont particulièrement
épais et laissent supposer la présence de plusieurs étages
comme dans les salles attenantes à la tour.


c. Les enceintes hautes
Elles sont de formes irrégulières car leurs tracés suivent
au plus près les bords de l'assiette rocheuse. Le château épouse
le pourtour de l'éperon et sa forme est ainsi largement déterminée
par la topographie.
Les deux points névralgiques présentent des murs plus épais
: l'angle Sud-Ouest et la tour qui a conservé une bonne partie de son
élévation. La tour flanque la basse-cour et elle est située
dans l'endroit le plus vulnérable : peut-être contrôlait-elle
aussi l'accès à la plate-forme sommitale ; des travaux de terrassement
dans le rocher sont perceptibles (celui-ci est taillé à l'endroit
de l'accès actuel et des lambeaux de mortier sont encore visibles sur
la pierre).
d. Le front Sud-Ouest
Le mur, conservé sur quelques assises, épouse le contour de
l'assiette rocheuse. Le plan présente une sorte de redan qui fait office
de flanquement. Un décrochement est bien visible ; il est le point
de jonction des deux courtines. Deux types d'appareils sont visibles : des
blocs de calcaire clairs bien équarris dans l'angle Ouest et des blocs
de dimensions plus réduites et taillés plus grossièrement
sur la façade Sud.
Eperon Ouest à l'angle des courtines Sud-Ouest
Le mur de la courtine Sud-Est n'est pas conservé
en élévation. A l'Est, la tour est venue s'appuyer contre la
courtine, révélant ainsi une époque de construction ultérieure
à l'enceinte. La tour pourrait occuper l'emplacement de la barbacane
citée dans un texte du XIIIe siècle.
f. La tour actuel dite " Tour de Broa " et les pièces attenantes.



La tour mesure environ 4,50 m de diamètre intérieur (l'épaisseur des murs étant de 1,50 m). Le parement intérieur de la tour, de 25 cm d'épaisseur environ, est constitué, comme à l'extérieur, d'assises de blocs bien équarris en grand appareil de différents modules. Les arrachements de deux voûtes en coupole appareillées en calcaire tendre sont visibles : aux angles, les parties ayant fait l'objet d'une restauration sont bien lisibles. Au sol, du côté Nord-Ouest, on note la présence d'une structure maçonnée ayant peut-être appartenu à un ensemble architectural plus ancien, vraisemblablement arasé ensuite (donjon de plan carré antérieur à la construction de la tour-maîtresse philippienne). Deux encoches ménagées sur le parement intérieur de la tour ont pu être mises en évidence sans que l'on puisse leur attribuer une fonction certaine.
L'observation des baies et des ouvertures de tir est susceptible de renforcer la connaissance de la chronologie de la construction de l'ensemble fortifié, daté du milieu du XIIIe siècle. Les trois ouvertures ménagées dans l'épaisseur du mur sont visibles ainsi que la partie inférieure de deux ouvertures de tir dans la partie haute : ces dernières ne sont pas placées dans l'alignement des ouvertures ménagées dans l'épaisseur du mur mais de part et d'autre, en quinconce. Ces archères sont aménagées au niveau du sol de l'étage de couronnement. Il est pourtant impossible de vérifier si celles-ci présentent un fruit ou des aménagements de type étrier dans leur partie basse pour faciliter le tir plongeant, aménagements très courants dans les constructions contemporaines dans la région du Languedoc.
Le couronnement n'est pas conservé mais on peu raisonnablement penser que des merlons alternaient dans la construction avec les ouvertures de tir. Les logements de hourds ménagés au ras du chemin de ronde ne sont pas perceptibles comme dans d'autres tours contemporaines. En revanche, il n'existe pas d'organe de tir aux étages du donjon : les ouvertures conservées aux étages ne sont pas destinées à la défense mais sont relatives au caractère résidentiel de la tour (éclairage et surveillance des abords).




Peut-on envisager une défense problématique
en cas d'investissement de la basse-cour par d'éventuels assaillants
?
Plusieurs étapes d'aménagements sont perceptibles : la première,
concernerait la construction de la salle voûtée contre la courtine
Nord-Est, la seconde, sans doute très proche, aurait concerné
la construction de la deuxième salle, elle-même divisée
à une troisième période en deux salles plus petites.
Dans cette dernière période d'occupation, les murs sont rendus aveugles : on ne note pas la présence de fenêtres, pas de fentes d'éclairage et pas d'accès ménagé dans l'épaisseur des murs. Toutes les salles sont voûtées en berceau, la première avec des blocs de calcaire de petit ou moyen appareil lié au mortier de chaux rosé.

La seconde pièce (salle 2), qui présente l'ouverture de tir murée, est particulièrement étroite. Le parement de mur orienté au Sud présente un départ de voûte s'appuyant sur le rocher : trois assises en petit ou moyen appareil de calcaire provenant du site sont conservées (14 x 10 cm et 36 x 15 cm en moyenne) et sont surmontées de six assises en calcaire blanc plus tendre (les modules de pierres sont différents, très longs et peu larges : 24 x 10 cm et 46 x 20 cm). Le blocage est composé de pierres tout venant grossièrement débitées liées au mortier de chaux légèrement rosé.
La troisième pièce (il s'agirait en fait de la partie de la deuxième salle située au nord du refend séparatif), de plan rectangulaire, est délimitée d'un côté par le mur de refend la séparant de la salle 2 et fermée au Nord-Ouest par un mur qui s'appuie sur le mur orienté Sud-Ouest/Nord-Est. La technique de construction est similaire à celle des deux autres salles.
L'absence d'ouvertures, pour l'accès et l'éclairage, ne permet pas d'interpréter ces salles basses, qui s'appuient contre la courtine, comme des lieux de vie mais plutôt comme des bâtiments de service ou comme des entrepôts. Par leur température et leur degré d'hygrométrie constants elles pouvaient servir au stockage alimentaire ; elles constituent en outre un point pratique de distribution et de répartition des produits stockés vers le donjon.
L'épaisseur des murs permet d'envisager un étage et une plate-forme sommitale destinée à la défense, peut-être crénelée. L'accès au chemin de ronde et à l'étage de ce corps de bâtiments pouvait s'effectuer au moyen de l'escalier de la tour. Dans la seconde phase d'occupation, l'essentiel de la défense est reporté au niveau supérieur ce qui ne nécessitait plus une ouverture aussi basse, particulièrement vulnérable. À l'étage pourrait se situer la chapelle castrale mentionnée dans un texte du milieu du XIIIe siècle et serait approximativement orientée.


Dans l'angle Est, se trouve une pierre taillée rectangulaire en calcaire dans laquelle est creusé un réceptacle de forme ronde correspondant à l'empreinte de la descente en terre cuite (disparue) acheminant les eaux pluviales de la toiture vers la citerne.
Ce système accrédite la présence de terrasses recouvrant partiellement ou entièrement les bâtiments.


Au Sud-Est de la citerne, deux murs sont visibles. Le plus large, présente un parement conservé sur quelques assises du côté de la plate-forme centrale, le reste est constitué d'un amas de blocage (1,20 m de large pour la partie conservée). Côté citerne, un autre mur est juxtaposé au premier.
Pour le plus large, il pourrait s'agir de la limite extérieure du bâtiment de dimensions importantes construit sur la plate-forme, l'autre mur étant le mur de parement Sud-Ouest du bâtiment de la citerne.
Dans une partie relativement
accidentée, au Sud-Ouest de la citerne, le rocher est grossièrement
taillé en angle droit à deux endroits, sans doute pour accueillir
ou supporter les murs du bâtiment de la citerne.
j. La basse-cour (au Nord-Est du corps
de logis)
Au Nord-Est, plusieurs aménagements sont encore perceptibles dans les
infractuosités du rocher et sur des terrasses situées en contrebas
du plateau sommital. Une plate-forme est taillée dans le rocher. La
muraille qui protégeait cette basse-cour a complètement disparu
mais l'emprise des murs est encore perceptible sur le sol.

Sur les vues des cartes postales anciennes,
le couvert végétal est moindre qu'aujourd'hui et l'on distingue
bien cet espace aménagé qui a été aplani pour
la construction de bâtiments divers. Sur une vue aérienne, on
distingue ce qui pourraient être les vestiges d'un bâtiment carré,
visibles sous le cône d'éboulis. Sous ce cône de déjection,
le sol archéologique est vraisemblablement conservé. Seule une
fouille archéologique permettrait de donner une attribution définitive
aux bâtiments aménagés dans cet espace.
B - Techniques de
construction et phases mises en évidence
a. Techniques de mise en oeuvre
Des roches calcaires grises, relativement dures, ont été utilisées
pour la construction : le site de Gruissan a servi en partie de carrière.
La plupart des murs périphériques des remparts sont constitués
de moellons posés en assises régulières et en moyen appareil.
Ces pierres proviennent du site-même et sont soigneusement appareillées
avec un mortier grossier (sable, gravier, chaux).
Pour la tour, un calcaire blond, plus tendre a été utilisé
; il proviendrait d'une carrière située sur l'île de Sainte-Lucie
appartenant à l'archevêque . Un autre calcaire blanc, tendre,
a été utilisé dans une des salles attenantes à
la tour, pour la construction de la voûte en berceau et les ébrasements
de l'ouverture de tir (proviendrait de carrières situées à
Peyriac-sur-Mer). Le liant est constitué de mortier qui présente
à certains endroits des fragments de terre cuite pilée (brique
et tuile qui renforcent la texture du mortier et diminue le retrait). Dans
d'autres constructions, comme la citerne, les agrégats employés
sont constitués de gravier ; le mortier hydraulique a été
utilisé pour la rendre étanche.
Les pierres sont plus soigneusement taillées pour les lignes de force
de l'architecture, les chaînages d'angle en particulier. Le moyen appareil
est traditionnellement utilisé sur le site ; certaines pierres d'angle,
des dalles ou des linteaux présentent des dimensions plus importantes.
La tour fait aussi exception.
Les murs présentent une technique de construction commune ; ils sont
constitués de deux parements de blocs calcaires soigneusement assisés
contenant un blocage tout-venant composé d'éclats de taille
et de petits blocs liés au mortier de chaux. L'épaisseur des
joints varie de quelques centimètres.
Les murs n'ont pas tous des largeurs similaires et celles-ci peuvent même
considérablement varier. Les trous de boulins servant à placer
les échafaudages ne sont pas visibles ; certains parements de courtine
ne sont pas suffisamment conservés en élévation à
d'autres endroits, ils ont dû être bouchés.
En l'absence de fouilles, il est difficile de déterminer les niveaux
d'occupation d'origine. À l'intérieur de la tour, le niveau
de sol semble avoir été atteint lors des restaurations. Ce n'est
pas le cas des pièces attenantes et de la citerne qui sont en partie
comblées par des déblais, certains provenant de l'effondrement
des voûtes. Un cône de déjection recouvre une zone interprétée
comme étant la basse-cour mais l'organisation de cette plate-forme
nous échappe et d'éventuelles fouilles archéologiques
seraient nécessaires pour en comprendre l'agencement.
Il ne subsiste aucun vestige de la couverture des différents corps
de bâtiments, à tout le moins pour ceux qui ne présentaient
pas de plate-forme sommitale. Cependant, des fragments de tuiles canal de
terre cuite sur le site tendraient à confirmer ce mode de couverture
dans ce lieu.
b. Chronologie relative
L'observation des élévations a permis
de mettre en évidence la présence de différentes techniques
de construction (types de calcaire, de mortier, divers modules de pierres
),
des interruptions de maçonnerie correspondant aux diverses phases d'occupation.
Il semble qu'une première campagne
de construction soit relative à une période que l'on pourrait
situer au XIIe siècle. Plusieurs ensembles présentant des similitudes
: la partie Nord-Ouest du site comprenant le mur de courtine orienté
vers le Nord-Ouest et le pan du mur formant le retour de la courtine vers
le Sud-Est qui présentent des techniques de construction similaires
: petit et moyen appareils de calcaire provenant du site, utilisation d'un
mortier de chaux avec des petits galets.
La basse-cour pourrait dater de la même
époque. L'ensemble des courtines, situé dans la partie Sud de
la plate-forme sommitale, se rattacherait à cette même phase
de construction (en moyen appareil lié au mortier de chaux mélangé
à de petits galets). Le mur, visible sur le sol de la tour et la séparant
des salles attenantes est probablement contemporain. Il s'agit vraisemblablement
du prolongement de la courtine Sud-Est. En l'absence de fouilles, il n'est
pas possible de dire si un état antérieur du corps de logis
était construit à la même époque.
Dans un deuxième temps, on construit la première salle du corps
de logis, puis la seconde.
La troisième campagne de construction
a eu pour conséquence de murer l'ouverture de tir dans la seconde salle
basse attenante à la tour par la construction du refend transversal.
Les techniques de construction sont peu différentes de la campagne
précédente. Cette phase pourrait dater de la seconde moitié
du XIIIe siècle, et avoir été occasionnée par
la nécessité d'un partage physique entre les propriétés
des deux co-seigneurs. C'est peut-être au cours dune période
assez proche, qu'a été édifié le bâtiment
rectangulaire construit sur la plate-forme centrale. II a apparemment été
construit contre le bâtiment de la citerne, et contre celui du corps
de logis (décaissement du sol pour fonder les murs au-delà de
l'emplacement du mur Ouest du corps de logis, plus grande épaisseur
des murs, utilisation du calcaire de Sainte-Lucie avec un gros appareil calé
avec des casseaux...).
La quatrième campagne est relative
à l'édification de l'éperon que forme la courtine dans
l'angle Ouest du site (plus grande épaisseur des murs, appareil soigné
...). Elle semble correspondre à une campagne globale de refortification
du site dans la seconde moitié du XIIIe siècle.
La construction de la tour de Broa est un
évènement à part. Elle possède toutes les caractéristiques
d'un bâtiment ostentatoire, à la mode royale (tour ronde sans
ouvertures de tir, parements à bossages, appareil et montage à
joints fins). Elle ne peut avoir été construite qu'après
1370 (date à laquelle apparaît ce type de tour dans la région),
et probablement à la charnière des XIIIe et XIVe siècles
dans une période proche de la construction de la tour de Gille Aycelin
à Narbonne.
La fortification et l'aménagement des
courtines au Sud du site permettant un accès protégé
est postérieur (XIVe siècle ?) car l'un des pans vient s'appuyer
contre la tour sans être chaîné à celle-ci. Aucune
adjonction d'aménagements de dispositifs architecturaux liés
à l'emploi des armes à feu n'a été mise en évidence,
bien que l'on sache par de multiples textes que le château était
utilisé pendant les guerres de la Ligue.
D'ailleurs, dans l'ensemble, les éléments
défensifs sont relativement peu nombreux. Des ouvertures de tir sont
encore visibles dans la partie sommitale de la tour, sans que l'on sache si
elle était couronnée par des merlons : l'essentiel de la défense
était cependant concentré dans la partie sommitale et devait
être essentiellement passive, jouant sur la topographie du terrain et
l'épaisseur de la construction.
Le village et le château de Gruissan
(circulade languedocienne associée à un château présentant
des caractères ostentatoires et des éléments de confort
relatifs à un aspect résidentiel affirmé) forment un
ensemble de référence pour l'architecture civile et militaire
médiévale. À ce titre, une mise en valeur et une étude
adaptées à l'importance de ce patrimoine doivent être
poursuivies.
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pays francophones. Histoire des provinces).
Etude réalisée par Valérie SERDON - Archéologue
et par Frédéric MARTORELLO - Architecte
h. La citerne
L'approvisionnement en eau du site se faisait à l'aide d'une citerne
située du côté Nord-Ouest du site, aménagée
dans le substrat rocheux et en partie maçonnée dans la partie
supérieure.
Elle est surmontée d'une voûte en pierre aujourd'hui en partie effondrée. Cet aménagement permettait la collecte de l'eau de pluie au moyen des toitures (incluant les toitures des constructions adjacentes). Elle présente un plan rectangulaire.
c. Les enceintes hautes
Elles sont de formes irrégulières car leurs tracés suivent
au plus prè